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Derrière les grandes portes métalliques, des milliers
d’hommes et de femmes ont consacré leur vie au travail
industriel, dans le bruit des machines, l’odeur du métal
chauffé et la solidarité des ateliers.
Fondée au début du XXe siècle par Joseph Coder,
l’entreprise s’est rapidement imposée dans la
construction et la réparation de matériel ferroviaire.
Wagons, tramways, remorques et équipements métalliques
sortaient des ateliers marseillais grâce au savoir-faire
des ouvriers.
Beaucoup venaient des quartiers populaires alentours :
Saint-Marcel, La Barasse, La Valentine ou Aubagne. Pour
de nombreuses familles, entrer chez Coder représentait
une stabilité, une fierté et parfois même une tradition
familiale.
Chaque matin, les ouvriers traversaient les rues du
quartier pour rejoindre l’usine. Les sirènes rythmaient
les journées et toute la vie locale semblait organisée
autour des horaires de travail.
Dans les ateliers, chacun avait sa place : soudeurs,
chaudronniers, mécaniciens, ajusteurs ou peintres
travaillaient ensemble dans des conditions souvent
difficiles, mais avec une forte solidarité.
Coder n’était pas seulement une entreprise. C’était une
communauté humaine. Les ouvriers partageaient les repas,
les discussions, les luttes sociales et les moments de
fête.
Beaucoup racontaient l’ambiance particulière des pauses,
les gestes transmis entre anciens et jeunes apprentis,
ou encore cette fraternité née du travail manuel.
Autour de l’usine, les jardins ouvriers Coder sont
devenus un symbole fort de cette époque. Chaque famille
cultivait sa parcelle de terre : tomates, haricots,
salades, arbres fruitiers et fleurs poussaient au milieu
des discussions entre voisins. Ces jardins
représentaient un refuge après les longues journées de
travail. Ils apportaient aussi une aide précieuse aux
familles ouvrières.
Après la Seconde Guerre mondiale, l’entreprise connaît
son apogée. Des milliers de salariés travaillent alors
sur le site industriel. Marseille vit encore au rythme
de ses grandes usines et Coder participe pleinement à
cette puissance industrielle.
Mais à partir des années 1970, les difficultés
économiques apparaissent. La concurrence, les
transformations industrielles et le manque de
modernisation fragilisent progressivement l’entreprise.
Les inquiétudes grandissent parmi les ouvriers. Les
grèves, les rassemblements et les combats sociaux
marquent cette période difficile.
Lorsque l’activité commence à disparaître, c’est tout un
monde ouvrier qui s’efface peu à peu. Beaucoup d’anciens
salariés garderont pourtant un profond attachement à
Coder. Pour eux, l’usine représentait bien plus qu’un
emploi : c’était une partie de leur identité et de leur
histoire.
Aujourd’hui encore, les anciens parlent de Coder avec
émotion. Certains se souviennent du vacarme des
ateliers, d’autres des camarades disparus ou des jardins
ouvriers toujours présents dans le quartier. À travers
ces souvenirs, c’est toute la mémoire populaire et
industrielle de Marseille qui continue de vivre.
Coder reste ainsi le symbole d’une époque où les usines
faisaient vivre les quartiers, où le travail manuel
occupait une place essentielle et où la solidarité
ouvrière construisait des liens humains forts et
durables. |